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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 15:12


 
Depuis des mois, des années, des proches me pressent d’écrire l’histoire de ma vie au Congo-Brazzaville, celle d’une succession d’évènements plus incroyables les uns que les autres. A chaque fois, j'évoque un nouveau mauvais prétexte. En réalité, ce passé me pèse de plus en plus et, ayant approché puis atteint les 60 ans, j’avais réellement envie de tourner la page de ces trente  dernières années.


Pourtant, j’avais déjà succombé à la tentation de l’écriture et connu la joie et l’excitation de la publication. Mes articles étaient fréquemment mis en ligne sur un site Internet de l’opposition congolaise et l’accueil, qu’ils recevaient, était plutôt satisfaisant. Une multitude de notes, déjà rédigées, auraient aisément constitué l’ossature d’un premier ouvrage. Tout restait  gravé sur des disques que le temps empoussièrait.


Qu’un inconnu prenne pour cible un Etat africain, cite des attentats terroristes, des ex-ministres français, le FMI, un Juge, un ex-Président, avec des éléments de témoignages parfaitement documentés et étayés : il y a, là, matière à un sérieux questionnement. Au quotidien, ou presque, mes « post » (est-ce bien là le terme consacré ?) sur ce Blog y répondront…..


Finalement quel élément aura permis que je m’affranchisse de cette  réserve ?


Plusieurs ces derniers jours !


La promotion de la nouvelle série de Canal +, « Carlos ».


Le véhicule piégé qui devait exploser à New-York. Un marchand ambulant alerte un policier qui intervient aussitôt. Un drame, même si le détonateur de la bombe artisanale avait fait long feu, aurait été évité.


L’intransigeance et la stricte conditionnalité du secours apporté à la Grèce par rapport au laxisme de l’effacement de la dette congolaise. Une centaine de milliards prêtés, certes, au regard de quelques milliards de dollars effacés. Mais des milliards de dollars, tout de même, offerts.


Et pour terminer, pour l’expression, uniquement pour l’expression, employée par Roman Polanski pour intervenir publiquement sur son affaire : « Je ne peux plus me taire ! » Expression, traduite dans toute les langues, qui résonne, pour moi, comme une incitation à en faire autant.
 
Pour clore cet avant-propos, mauvais karma ou curieuse prédestination, retournons trente-six ans en arrière à " l’Attentat du Drugstore Saint Germain " rappelé à l’actualité par Canal +.


J’avais, à peu près, 25 ans ce dimanche après-midi de septembre 1974 lorsqu’il m’avait fallu attendre un taxi à la station du carrefour Saint Germain. Elle se dressait face à la Brasserie Lipp, côté boulevard de la contre-allée. Au bout de quelques minutes, pour rompre l’attente, tout en moi me poussait à me rendre à l’intérieur du Drugstore dont l’entrée était située à une dizaine de mètres de l’arrêt de taxi, où je me trouvais seul. Je résistais à cette tentation  près d’un quart d’heure. Finalement, lassé de ne voir aucun véhicule arriver, je fis le premier pas pour traverser la contre-allée et rejoindre la foule nombreuse à l’intérieur de l’établissement.


 C’est à ce moment précis, juste devant moi, que l’explosion retentit à l’intérieur du Drugstore. Sans un cri, au milieu de la fumée épaisse et grisâtre, sortirent sous mes yeux effarés, les premières victimes ensanglantées et hagardes, très vite secourues par les serveurs en tablier blanc de la brasserie voisine.


La seule personne tuée lors de cet attentat, un père de famille qui était accompagné de son épouse et de leurs deux enfants,  a été enterrée au cimetière de Saint Maur des Fossés dans le Val de Marne. A quelques mètres du tombeau où reposait déjà mon jeune frère.

 

 A une même distance que celle qui nous séparait lorsque Carlos avait jeté sa grenade….

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 14:59

Chasse au pétrole du Congo

sudouest.com

Fort d’un arrêt de la cour d’appel de Bordeaux condamnant Omar Bongo à lui restituer les sommes qu’il avait dû lui verser pour sortir de la prison de Libreville en 1996, René Cardona a réussi à faire pratiquer une saisie sur les comptes français du chef d’État gabonais. De quoi laisser rêveur Serge Berrebi. [1].

Âgé de 59 ans et retiré sur la Côte d’Azur, cet ancien opérateur de l’industrie agroalimentaire remue ciel et terre depuis dix ans pour contraindre le Congo-Brazzaville à honorer la dette contractée à son égard. Il n’a jamais pu faire exécuter la décision de justice définitive dont il dispose

 

Juillet-1980-1ere-rencontre.jpgJuillet 1980

De gauche à droite : Serge Berrebi, Denis Sassou NGuesso et extrème droite Edouard Okoula pour la préparation du Centenaire de Brazzaville

Patrimoine inaccessible

En 2000, la cour d’appel d’Aix-enProvence a jugé que l’État africain devait lui payer 5 millions d’euros (intérêts compris) pour ne pas lui avoir adressé l’intégralité des règlements arrêtés dans le cadre d’un protocole d’accord signé en 1992. Présent au Congo depuis de nombreuses années, Serge Berrebi avait relancé une gigantesque ferme avicole. Il devait être associé au développement de ce complexe né quelques années plus tôt de l’imagination du « milliardaire rouge » Jean-Baptiste Doumeng. Au moment où l’exploitation se redressait, il avait été brutalement écarté, l’État congolais souhaitant reprendre la main.

18 propriétés, 110 comptes bancaires : l’importance du patrimoine que le président du Congo Denis Sassou-Nguesso et ses proches posséderaient en France n’offre pas la moindre opportunité à Serge Berrebi. Ces biens, répertoriés par la police judiciaire à l’issue de la plainte déposée par plusieurs associations pour détournement de fonds publics, appartiennent à des personnes privées. Uniquement titulaire d’une créance sur l’État congolais, Serge Berrebi ne peut donc pas les faire saisir.

Pactole du pétrole

Quatrième producteur d’hydrocarbures de l’Afrique subsaharienne, le Congo-Brazzaville dépend étroitement de l’or noir. Il couvre 75 % des recettes budgétaires et 90 % des exportations. La Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) commercialise directement une fraction des 250 000 barils extraits chaque jour, en grande partie par Total.

C’est la seule entité liée à l’État africain à apparaître épisodiquement dans l’Hexagone. En 2005, Serge Berrebi croyait toucher au but. Mais il n’avait réussi à saisir que quelques meubles et une malheureuse voiture au siège de l’antenne parisienne de la SNPC, dans le 8e arrondissement de la capitale. Les salariés travaillant sur place n’étaient semble-t-il pas déclarés à l’Urssaf. Sachant que l’argent du pétrole congolais transitait en partie par la France, il a surtout cherché à localiser les comptes de la SNPC.

À plusieurs reprises, des huissiers se sont présentés à la BNP, à la Natexis Banques Populaires et à la Générale. Chaque fois, la réponse fournie plus ou moins rapidement était la même. Plus d’argent sur le compte, compte débiteur, compte déjà saisi. Retors, le créancier n’en a pas cru un seul mot et a contesté systématiquement ces fins de non-recevoir devant les tribunaux. Bien lui en a pris.

La Société générale prise en faute

La cour d’appel de Paris a ainsi condamné la Natixis à lui verser 190 000 euros qu’elle avait dissimulés. Elle a surtout infligé 2 millions d’euros de dommages-intérêts à la Générale. Lors de la saisie, la banque avait tu l’existence d’un compte de la Société des pétroles congolais lesté de 8 millions de dollars. Reste que Serge Berrebi est loin d’avoir récupéré ce qui lui est dû.

Les revenus des hydrocarbures contribuent à irriguer certaines banques françaises toujours bien en cour à Brazzaville. Mais ils ne se hasardent plus trop dans l’Hexagone, où Denis Sassou-Nguesso était toujours reçu avec les honneurs lorsque Jacques Chirac était à l’Élysée. Le 18 novembre dernier, un huissier venu saisir la BNP Paribas, une banque restée très proche du régime congolais, a constaté que 24,30 $ seulement créditaient le compte de la SNPC.

Un négoce opaque

En 2004, l’ONG britannique Global Witness, qui traque la corruption internationale, avait mis en lumière de curieux montages juridiques articulés autour de sociétés dirigées par des amis ou des parents de Denis Sassou-Nguesso. Une partie de la manne pétrolière s’évaporait via des commissions prélevées par des sociétés écrans ou des structures propices à des ventes discrètes d’or noir. À plusieurs reprises, des cargaisons avaient été cédées en dessous du prix des marchés à des intermédiaires proches du pouvoir.

Ces révélations avaient suscité une violente offensive juridique des fonds « vautours », ces prédateurs qui rachètent sur les marchés financiers les crédits des États mal en point. En 2005, l’un d’entre eux, propriétaire de 100 millions de dollars de dette publique congolaise, avait même déposé plainte à New York contre la SNPC et la BNP en les accusant de participer à la dissimulation des revenus du pétrole.

Sous la menace, le Congo a finalement dû transiger. Mais les conseillers financiers du régime de Brazzaville ont apparemment réfléchi à de nouveaux montages rendant encore plus difficiles les saisies. Désormais, les opérateurs congolais n’apparaissent plus en première ligne.

« Le négoce du pétrole baigne dans l’opacité la plus totale. Il est quasiment impossible de tracer la circulation des fonds, déplore Serge Berrebi. J’ai découvert que l’une des sociétés qui vend l’or noir congolais est immatriculée dans le paradis fiscal des îles Vierges. Officiellement, elle dispose d’un bureau exécutif à Beyrouth au Liban, mais son véritable patron opère depuis Monaco, où le secret bancaire est total. »

Inaccessible pour Serge Berrebi, la galette pétrolière l’est tout autant pour l’immense majorité de la population de ce petit pays de 3 millions d’habitants. 70 % des Congolais survivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins d’un euro par jour.

Auteur : dominique richard
d.richard@sudouest.com

Notes

[1] Serge Berrebi est défendu par le cabinet d’avocats antibois Machetti-Rhodius-Crepaux.

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