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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 16:44

Serge  BERREBI

06400   CANNES

 

                                                                                                      Cannes le 16 janvier 2012

 

 

 

                                                                         Monsieur Oscar Edgardo Melhado Orellan

                                    Représentant résident du FMI en République du Congo Brazzaville

                                                                          République du Congo

 

 

Monsieur,

Vous avez donné récemment une interview aux Dépêches de Brazzaville, publiée le 03 janvier 2012 (http://101.gs/472uev), qui dresse un tableau flatteur de l’économie congolaise et qui donne du crédit à « la réalisation des ambitions d'émergence du pays ».  Mon point de vue est tout autre et permettez moi de vous l’exprimer.

Votre arrivée en République du Congo était postérieure à l’atteinte du Point d’Achèvement et vous n’êtes en rien concerné par les conditions scandaleuses dans lesquelles le FMI l’a accordé à ce pays peu méritant. Cependant ces faits ne sont pas prescrits et j’espère bien, dans l’un ou l’autre des Etats membres du Club de Paris, qu’une action pourra aboutir contre les responsables.

Je profite de cette occasion pour vous communiquer copie de la lettre (pièce jointe)[i] que Maître Thibault de Montbrial, mon Avocat, a adressée le 23 novembre dernier au Directeur Général du Fonds Monétaire Internationale, Madame Christine Lagarde, et pour laquelle, curieusement au vue de l’extrême gravité des faits dénoncés, aucune réponse ne nous est parvenue.

 

 

La République du Congo a bénéficié d’environ 5 milliards de dollars d’effacement de sa dette au titre de l’initiative PPTE. Cette dernière a permis à 36 pays, dont 30 situés en Afrique, d’obtenir un allégement total de 76 milliards de dollars.

La République du Congo, a elle seule, a profité d’un quinzième de ce montant (1/15ème) soit plus du double de la moyenne par pays. De plus si l’on considère sa maigre population (moins de quatre millions) , par tête d’habitant elle a reçu, de cette initiative, environ 15 fois plus que sa voisine de la République Démocratique du Congo.

Le Nigéria, pays producteur de pétrole et peuplé de 162 millions d’habitants, a profité de la hausse de ses revenus pétroliers pour payer ses dettes. En 2009, la production pétrolière de ce pays était d’environ 1,7 million de barils par jour, soit 5 fois la production réelle de la République du Congo. Par tête d’habitant les revenus pétroliers du Congo sont pourtant 8,5 fois supérieurs à ceux du Nigéria, sans tenir compte des autres richesses minières et forestières dont regorge le pays de Monsieur Sassou NGuesso.

 

 

Voilà pour les incohérences. C’est bien pour cela qu’il a fallu procéder à la falsification des comptes, des revenus et des rapports, car en réalité ni ses ressources financières (le Congo a reconnu avoir des milliards d’euros en dépôt à la BEAC[ii]), ni sa mal gouvernance ne destinaient ce pays à bénéficier de l’initiative PPTE. Son « endettement net est tombé à 3,5% du PIB à la fin 2010 » (votre interview) de quoi faire pâlir d’envie et de colère les contribuables de la France, des USA, de l’Espagne, de l’Italie etc. qui supporteront le poids de l’effacement.

Pourquoi tant de bienveillance à l’égard d’un Etat voyou, gangrené par la corruption ?

S’agissant des créanciers privés, nous savons que son propre règlement interdit au Fonds Monétaire International d’intervenir, d’une manière ou d’une autre, dans les contentieux qu’ils peuvent avoir avec un Etat membre. Nous le voyons pour la Grèce actuellement, les banques consentent difficilement un discount de 50%. Pour la République du Congo, le FMI a été complice du double-jeu qui a permis un paiement sans décote des « Fonds Vautour » anglo-saxons et d’exiger par ailleurs un quasi-effacement total pour les autres créanciers en affirmant notamment :  « Compte tenu de la nature volontaire de la participation des créanciers à l’initiative PPTE, le FMI et la Banque mondiale continueront de recourir à la persuasion morale pour encourager les créanciers à y participer et à assumer pleinement leur part de l’allégement au titre de cette initiative. »  (Extrait de la fiche technique de l’initiative PPTE  http://www.imf.org/external/np/exr/facts/fre/hipcf.htm). Et comme cela n’a pas suffit concernant ma créance, puisque qu’aucun personnel du FMI ne s’était donné la peine d’entrer en contact avec moi ou avec l’un de mes Avocats, le FMI et la Banque Mondiale ont préféré produire des faux dans leurs rapports. Cela dans le but de satisfaire la dictature congolaise. Il est vrai aussi qu’en même temps des rumeurs d’une corruption massive gonflaient autour des interventions des personnels des Institutions Internationales à Brazzaville.

Le pire fut atteint lorsque..........................................  ……… …………  …………………………………… ………….. ……………………………………………………………………. !

Aujourd’hui,…………………………...........................................................………………………………………………. ……………………………………….. …………………… ……………………………………………… …………………….! Monsieur Sassou NGuesso et Monsieur Strauss-Kahn (contre lequel j’ai déposé plainte en France) doivent pour le moins en sourire… !

L’effacement de la dette de la République du Congo a été accordé contrairement aux conditions prévues par le FMI pour le  « Point de Décision » (extrait même fiche technique PPTE) :

«-  donner la preuve qu’il a procédé à des réformes et mené une politique économique avisée dans le cadre de programmes appuyés par le FMI et la Banque mondiale

  - avoir élaboré un document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP) suivant un vaste processus participatif au niveau national. »

Et contrairement aux conditions prévues par le FMI pour le « Point d’Achèvement » :

« - continuer de donner la preuve de bonnes performances dans le cadre de programmes soutenus par des prêts du FMI et de la Banque mondiale. 

   - exécuter de manière satisfaisante les grandes réformes convenues au point de décision. »

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’en a rien été. Aucune grande réforme n’a été menée ni même entreprise. Rien n’avait été préparé ni conclu dans ce sens. La ressource principale a été confiée au propre fils du président congolais. Denis Christel Sassou NGuesso commercialise la part de pétrole revenant au Congo dans l’opacité la plus totale.

Les preuves de l’échec en sont que, moins de deux années après, la République du Congo figure parmi les derniers, dans tous les classements :

- pour les facilités accordées aux privés pour entreprendre (Classement Doing Business par l’IFC de la Banque Mondiale http://francais.doingbusiness.org/rankings )

- pour l’imposition (par PriceWaterhouseCoopers http://101.gs/mj4u97j ).

Dans une autre étude financée par la Banque mondiale[iii], l'enquête sur la gouvernance du Congo a été effectuée en octobre 2011 par les cabinets FTHM international et l'agence Capsule. Elle souligne que les services des douanes et ceux de la justice sont très mal appréciés par les ménages et les entreprises. Le taux d'appréciation des services publics au Congo n'atteint pas le niveau de la moyenne, estimée à 25% sur l'ensemble des services publics.

La justice congolaise est le service qui ne satisfait pas. Il en est de même pour l'éducation, la mairie, les transports, la santé, l'eau et la police. A propos des services des douanes, plus de la moitié des usagers de ce service estime que les systèmes des douanes congolaises sont corrompus.

Le récent rapport Democracy Index 2011 de « The Economist » (http://101.gs/jusnyxd) classe généreusement la République du Congo 145ème sur 167 pays.

Concernant l’emploi, des statistiques viennent d’être publiées. Selon la représentante de la Banque mondiale Sylvie Dossou Kouamé, "dans les zones urbaines, 25% de la population âgée de 15 à 29 ans est sans emploi et plus de 40% lorsqu'on prend une définition qui comprend les demandeurs d'emplois découragés. En dépit de la reprise économique et de la stabilité politique au cours de cette  dernière décennie, pas assez d'emplois ont été créés", avait-elle soutenu. Les jeunes représentent 60% de la population congolaise.

Mais le pire de tout c’est bien que la pauvreté n’a pas reculé, malgré l’effacement de la dette, malgré la hausse du prix du pétrole et de sa production, et qu’elle a augmenté, bien au contraire !

L’UNICEF a rendu public des chiffres relatifs à la malnutrition des enfants de moins de 5 ans : 26%  souffre de malnutrition chronique, 14% ont une insuffisance pondérale et 7% des enfants souffrent de maigreur. (http://101.gs/99wvvbk). Il s’agit donc bien de 47% des enfants, au total, qui sont mal nourris !

A l’école, les enfants sont tout aussi mal lotis. Ce pays qui exporte des millions de m3 de bois précieux est incapable de fournir des tables-bancs aux pauvres écoliers.

Après cet exposé et avant de conclure, j’espère que votre affirmation concernant « la réalisation des ambitions d'émergence du pays », c’est-à-dire que le Congo rejoindrait Singapour, n’était rien d’autre qu’une plaisanterie de votre part ! 

 

Près de deux années après, aucun résultat tangible n’est à porter au crédit de l’initiative PPTE. Il faut le répéter, la pauvreté n’a pas été réduite, elle devient de plus en plus criante.

Le FMI en est grandement responsable car il avait une possibilité d’exiger une application stricte des conditionnalités d’accès au Point de Décision et au Point d’Achèvement. Au contraire, aux ordres de sa hiérarchie peut-être, le personnel du FMI avait établi de faux rapports et loué faussement des progrès que le Congo aurait accompli.

 

 

 

Le 13 janvier 2012, à Budapest, la Directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, a indiqué que son institution était prête à soutenir la Hongrie mais qu'elle avait besoin pour cela de "preuves tangibles" de la bonne volonté des autorités de Budapest. Pourquoi n’en a-t-il pas été de même à Brazzaville ? Pourquoi deux poids, deux mesures, avec la Grèce, la Hongrie (etc.) d’une part et la République du Congo, d’autre part ???

La pauvreté, la misère et la malnutrition dans lesquelles une majorité de Congolais peinent à survivre, en sont les conséquences que l’on pourrait aisément qualifier de criminelles.

Le rapport de l’UNICEF ne dit pas combien des 26% des enfants de moins de 5 ans qui souffrent de malnutrition chronique en meurent.

Le FMI le sait-il peut-être… ?

Salutations distinguées.

 

  Serge Berrebi

 

PS « Les avoirs extérieurs officiels bruts », cités dans votre interview, sous-entendent-ils qu’il y en ait qui ne le soient pas (officiels) ?

 

 

 

 

 

 



[i] Lettre de Thibault de Montbrial à Madame Christine Lagarde

[ii] CONGO Assemblée nationale  Gilbert Ondongo a présenté le budget le plus confortable que le Congo n'ait jamais connu2 

[iii] CONGO Dépêches de Brazza 03 janv 12 FMI et Corruption administration

 

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Published by berrebiserge
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